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3 avril 1984 : La prémisse de la débâcle guinéenne

Sans être nostalgique du passé, il faut reconnaitre que le présent a toujours germé du passé, et on ne dénonce pas ce passé pour dénigrer ou faire savoir ce qu’il fut, mais pour mieux préparer un avenir meilleur.

Bien avant la prise en compte du nom et les peuplements actuels par l’histoire, la Guinée connut le très ancien empire du Ghana, du Mali et enfin l’empire Songhaï.

C’est après ces grands empires ouest-africains que l’époque précoloniale a laissé entrevoir progressivement les peuplements, des royaumes et d’autres empires qu’on connait aujourd’hui.

Ainsi, en 1891, la Guinée est proclamée colonie française, indépendamment du Sénégal, auquel elle était précédemment rattachée. Cependant, cette conquête ne s’opère pas sans résistance. Samory TOURE et d’autres résistants, mènent une guerre organisée contre l’occupation française. Vers 1900, les résistants sont vaincus et la Guinée devint en 1904, une partie intégrante de l’Afrique Occidentale Française.

La France impose un système d’administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial, les chefferies traditionnelles sont souvent transformées et leurs systèmes de transmissions bouleversés. L’exploitation des ressources s’oriente vers la satisfaction des besoins de la métropole.

Cependant, une conscience politique anticoloniale se développe peu à peu, pour s’affirmer après la Seconde Guerre Mondiale. En effet, Conakry devenant un port important, beaucoup de Guinéens y sont employés. Ils ont alors la possibilité de former leurs propres syndicats, d’où émergent des mouvements contestataires.

À la tête de la puissante Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire, Ahmed Sékou TOURE, mène une action pour obtenir davantage de représentants africains dans le gouvernement local.

La constitution française d’octobre 1946, plus libérale à l’égard des pays colonisés, permet la création de partis politiques, dont Sékou Touré devient la personnalité la plus importante. Lors du référendum de Septembre 1958, la Guinée est le seul pays de l’Afrique francophone à rejeter la proposition du Général De Gaule concernant l’intégration des colonies au sein d’une Communauté française.

Le 2 octobre 1958, la Guinée accède à l’indépendance. Sékou Touré, alors très populaire dans le pays comme partout en Afrique, en devient le Président. Il prône le panafricanisme, la décolonisation intégrale de toutes les structures du pays et la mise en place d’une société socialiste révolutionnaire.

Cible de plusieurs tentatives d’assassinats perpétrés et soutenus par la France dans le seul but de renverser son régime, le Président Ahmed Sékou Touré a su mener le bateau guinéen avec un développement socialiste révolutionnaire dont la Guinée est encore nostalgique.

La république de Guinée, était pendant cette période loin devant les autres pays de la sous régions et de l’Afrique. Elle était sollicitée dans les luttes de libération de l’Afrique et des peuples opprimés.

La Guinée a été une actrice majeure de la création de l’OUA a servi de base arrière et d’inspiration pour la plupart des dissidents africains. Nombres d’entre eux, en l’occurrence Patrice Lumumba, ont séjourné à Conakry et ont même sollicité la nationalité guinéenne.

En tout cas, le bas Peuple de Guinée vivait mieux et n’enviait personne, car l’élan de développement amorcé par feu Président Ahmed Sékou TOURE et son équipe ne laissait aucune place au regret et a permis de disposer d’énormes infrastructures routières, éducatives, sanitaires, trans-féroviaires, sécuritaires et industrielles, à tel enseigne que le pays fut la référence de l’Afrique malgré l’animosité de l’élite française de l’époque.

Toute cette notoriété ascendante sera brusquement freinée après la mort du Président Ahmed Sékou Touré le 26 Mars 1984, un gouvernement d’intérim est mis en place. Il est bientôt renversé par le Colonel Lansana CONTE qui prend la tête du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) et devint Président de la République. Il amnistie les prisonniers politiques, s’attache à démanteler le système socialiste, réduit le pouvoir à l’armée et se rapproche de la France.

Cette période est caractérisée par un semblant de réformes politiques, administratives, économiques et financières visant à agenouiller la Guinée et à lui faire regretter son indépendance. Le pays a été doté d’une Loi Fondamentale reconnaissant la séparation des pouvoirs et le multipartisme intégral, qui a permis aux traitres, aux mercenaires politiques et d’autres hommes de cultures étrangères se faisant passer par des Guinéens, de rallier le pays. La machine de déstabilisation de la Guinée fut mise en marche à travers la création d’autres institutions juridico-économiques et politiques, comme la Cour Suprême, le Conseil National de la Communication, une Assemblée Nationale Multipartite, le Conseil Économique et Social.

On ne le dira jamais assez, cette période qu’a connue notre Pays a été une période minée, bouleversante, brutale et implémentée par le libéralisme acerbe. Cela se reconnait et se prouve par le fait palpable que les moyens de production et de coercition ont été remis à un petit groupe d’individu (mercenaires politiques) faisant subir la masse populaire guinéenne jusqu’aujourd’hui. C’est pendant cette même période que le patriotisme a perdu son sens au profit du mercenariat politique.

La forme actuelle de la précarité, du rejet des guinéens, de l’oppression et du retard généralisé, sont les conséquences de la libéralisation prématurée, sauvage, subite et non planifiée de l’économie guinéenne dans la deuxième moitié des années 80.

La Guinée irait mieux, si on faisait référence aux idéaux, au courage et à la confiance du premier régime en commençant par rééditer et adapter les tomes du Président Ahmed Sékou TOURE. Ne nous a-t-il pas laissé la sagesse de l’âge dans ses écrits ?

Cheick Oumar TRAORE

Leader du PPL, depuis Dakar au Sénégal

reotracheick@gmail.com

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