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Tribune: bonne gouvernance, professionnalisme et responsabilité

François de la Rochefoucauld soutenait que « l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu »

On ne peut nier aujourd’hui que, dans la mémoire des vivants, l’on s’est rarement tant répandu en éloges, parlé de la vertu, de la corruption… en les critiquant aussi fermement et de façon très indignée. Partout dans la sous-région, les dirigeants politiques rivalisent en se posant en fermes défenseurs du principe et en adversaires du « mal ». Tant au niveau national qu’international, les ateliers et les cours consacrés à l’éthique et au professionnalisme abondent. Les revues consacrées à l’intégrité publique et les codes de conduite prennent de l’ampleur.

En attendant, la corruption prospère. Elle a gagné en notoriété au cours des dix, voire quinze dernières années en raison, surtout, de son ampleur, de sa propagation et de la multitude des formes qu’elle prend dans les différentes cultures. Les stratégies de lutte contre la corruption sont venues s’ajouter aux domaines de prédilection des conseillers en gestion qui, en échange d’honoraires non négligeables, se déplacent à la demande des gouvernements ‘’soucieux’’ de prouver, sur les plans intérieur et international, qu’ils font de leur mieux pour lutter contre cette pandémie. Avec quel niveau d’efficacité ?

On est tenté de l’appeler « Utilisation malveillante d’une position à des fins non officielles ». Ceci, dans des conditions de monopolisation du pouvoir, de manque de transparence et d’imputabilité.

Exceptionnellement polyvalente, la corruption revêt de nombreuses formes : abus de pouvoir aux fins de profit personnel, filouterie, vol, détournement de fonds, fraude et acceptations de dessous-de-table, fraude fiscale, extorsion et intention d’obtenir sans y avoir droit, sollicitation de faveurs, pratique de la discrimination, du clientélisme, du patronage, copinage, distorsion de la réalité ou falsification des preuves de façon malhonnête dans le but de s’insinuer dans les bonnes grâces des puissants. Elle touche désormais tous les secteurs professionnels et certains bastions traditionnels de l’honnêteté et de la moralité. Pas même les universités, le judiciaire, le sanitaire, les institutions religieuses, les organisations internationales et les assemblées législatives ne sont épargnées. Le fossé profond entre la théorie et la pratique, la dissonance, en réalité, entre le discours officiel et la réalité manifeste ont avant tout contribué au cynisme du grand public et au déclin de sa confiance. Bien plus que des erreurs de jugement, ces signes d’incohérence ont sapé la crédibilité des institutions publiques et nui à l’image de l’État.

Les termes « État » et « public » ne valant manifestement plus grand-chose, ce n’est sans doute pas une coïncidence s’ils sont tous deux absents du débat permanent sur la réforme du secteur public. La langue est féconde en termes nouveaux et séduisants pour commercialiser les idées. Le terme « gouvernance », probablement en haut de la liste, domine les discours depuis plus de dix ans.

L’expression « du gouvernement à la gouvernance » est devenue la nouvelle panacée. Même si, dans une certaine mesure, le mimétisme, produit ou encouragé par la mondialisation est peut-être en partie responsable de ce phénomène, il est également lié aux nouvelles préoccupations générales et à ce qu’on pourrait appeler les « conceptions actuelles » prédominantes.

Si l’effort du CNRD pouvait être mis à contribution aujourd’hui par tous les fils de la Guinée, sans distinction aucune ; la bonne gouvernance serait symbolisée par une élaboration des politiques prévisible et éclairée, une bureaucratie empreinte d’une éthique professionnelle, un organe exécutif de l’État responsable de ses actions et une société civile dynamique qui participe aux affaires publiques et où tous se comportent dans le respect du droit.

Le moment choisi pour ce nouveau changement n’est sans doute pas un hasard. L’avènement du CNRD et son apothéose surviennent après une décennie d’inexistence de l’Etat caractérisée par une mal gouvernance fondée sur l’absence de l’État-providence, mais aussi à la suite des événements qui ont entraîné l’effritement du tissu social ; des citoyens de toutes croyances et de toutes ethnies ont été victimes de la manipulation… On était convaincu que la fin du Régime autoritaire allait marquer le début d’une nouvelle ère de paix, de réconciliation et de progrès, d’étroite coopération entre les filles et fils de la Nation dans la mise en œuvre de programmes globaux.

Malgré des discours pieux, ce que les recommandations politiques projettent sur les écrans du public, c’est un modèle de comportement qui n’a que peu de rapport avec le modèle de vertu présenté dans les codes de conduite. Les récentes audiences ont fait apparaître un profil dont les principales caractéristiques se résument à la loyauté et à l’obéissance absolue au chef politique, ainsi qu’à une ardeur sans bornes pour faire progresser le programme d’un système. C’était exactement la « primauté des résultats sur le processus ».

Le débat politique qui entoure la crise actuelle contient de nombreuses informations sur le rôle légitime des professionnels au sein de l’État. Ce n’est pas de l’obligation de servir ou d’obéir dont il s’agit, mais bien des paramètres, des méthodes et des moyens qu’observent les professionnels du service public dans ce cadre. Les « résultats » sont-ils la seule chose qui compte ? La fin justifie-t-elle les moyens ? D’aucuns semblent penser que oui. Cependant, les mauvaises leçons des différentes gouvernances font apparaître une conclusion différente.

Il a manqué au système des compétences, de la mémoire institutionnelle et des conseils sincères de leurs collègues fonctionnaires.

Pour pouvoir émettre des conseils sincères, reposant sur les compétences, les fonctionnaires doivent se sentir libres de conseiller les autorités en toute conscience. Ce qu’ils ne peuvent pas faire, quelles que soient les circonstances, c’est de déformer la réalité sciemment dans le but de s’insinuer dans la bonne grâce.

Pour reprendre les mots de Socrate « Une vie sans introspection, sans débat et sans exploration ne vaut d’être vécue »

La vertu est à mi-chemin entre deux maux : l’insuffisance et l’excès, la recherche de la vertu est une mission sans fin.

Kindia, 14 Octobre 2021

Par Mamadou Louda Baldé,

Professeur d’Ecole Normale

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