Réseaux sociaux : dis-moi que tu es selfie, je te dirai qui tu es

Un regard, un sourire, un angle parfait… clic ! En quelques secondes, l’image de soi est capturée, prête à être projetée au monde entier. Autrefois anecdotique, le selfie photo ou vidéo est devenu bien plus qu’un simple autoportrait , il incarne l’ère numérique et la culture du partage. Omniprésent sur les réseaux sociaux, il se décline sous plusieurs facettes : naturel ou retouché, engagé ou purement ludique. Mais derrière cette apparente simplicité se cachent des enjeux profonds. Le selfie façonne le rapport à l’image, à la reconnaissance sociale et à l’identité numérique. Pour certains, il est un moyen d’affirmation et de divertissement ; pour d’autres, une pression permanente à afficher une version idéalisée d’eux-mêmes. Entre expression personnelle et quête de validation, il influence la confiance en soi, redéfinit les interactions sociales et bouscule les codes culturels contemporains.

Une pratique ancrée dans la digitalisation
Aujourd’hui, le selfie est devenu un phénomène incontournable chez les jeunes. Hommes et femmes l’utilisent au quotidien pour s’inscrire dans l’évolution constante du numérique. Au-delà d’un simple instant figé, il traduit une époque, une culture et un besoin profond d’exister à travers l’image, qu’elle soit photo ou vidéo.
Pour Anne Guilavogui, étudiante en Licence 2 biomédical, prendre des selfies est un rituel quotidien qui reflète sa personnalité et son état d’esprit : »À travers mes selfies, je célèbre chaque facette de ma vie : mes réussites, mes humeurs et même mon évolution personnelle. C’est un moyen d’expression qui me pousse à m’accepter telle que je suis, tout en me donnant la liberté d’explorer différents styles. L’éducation, le divertissement, le plaisir, le changement, la confiance, la féminité, l’authenticité… pour moi, le selfie représente tout cela »

De son côté, Bagnon Yasmine, étudiante en Licence 2 de médecine, y voit un moyen de se perfectionner et de garder des souvenirs : »Au-delà du divertissement, c’est un excellent moyen d’apprentissage. J’expérimente les angles, la lumière et même l’édition d’images. Cela m’aide aussi à capturer des moments précieux et à les revivre plus tard. »

Saran Camara, étudiant en Licence 2, estiment que les selfies vidéo sont un excellent exercice de développement personnel : »Les vidéos me permettent d’évaluer ma façon de parler, de corriger mes défauts d’expression, de repérer mes forces et mes faiblesses. Grâce à ses vidéos, j’ose plus, je gagne en confiance et je peux mieux m’exprimer. Pour moi, c’est un atout dans ma formation en journalisme. lorsque je regarde pour les autres, j’apprends encore plus sur la tendance du style vestimentaire ».

Entre estime de soi et quête de visibilité, le selfie est aussi un moyen d’expression personnelle et de valorisation de soi. Aminata Savané, étudiante en 1ʳᵉ année Banque et Assurance, confie

: »Depuis toujours, j’aime ça. Je me sens bien, plus belle, surtout quand mes photos ou vidéos sont retouchées. Ça booste mon estime de soi et me donne confiance. Je peux passer 10 minutes à prendre un selfie parfait avant de le publier. La visibilité et les interactions que cela génère me procurent une certaine satisfaction. »

Pour d’autres, le selfie est un véritable tremplin vers la notoriété et même une opportunité professionnelle. Assengone Mba Mosaireda Ursule, créatrice de contenu, partage son expérience :

« J’aime faire des selfies, car cela me permet de garder des souvenirs et d’afficher mon style. Je participe aussi à des challenges et je crée des contenus sur le maquillage. Étant mère célibataire, j’ai voulu montrer qu’avoir un enfant n’empêche pas de poursuivre ses études. Cela m’a permis d’avoir des contrats et d’être contactée pour des prestations de maquillage. Cependant, je pense que certains créateurs de contenu qui exposent excessivement leur corps influencent négativement les jeunes en leur vendant un monde illusoire. »

Même vision stratégique pour Abdoulaye Fofana, créateur de contenu, qui monétise ses vidéos :

« J’aime faire des vidéos pour attirer plus de visibilité. Quand j’atteins un bon nombre d’abonnés, je revends mon compte pour gagner un peu d’argent. Une vidéo peut me prendre 30 minutes, car je la refais autant de fois que nécessaire pour obtenir un rendu parfait. »

Tibou Tounkara, étudiant en communication, utilise les selfies et vidéos comme levier pour ses ambitions professionnelles : « Je prends rarement des selfies seul. Avec mes amis, on les voit comme une forme d’expression, parfois même éducative. On se réunissait pour faire des battles de danse en vidéo, dans le but de gagner en visibilité et de préparer le terrain pour nos carrières. Malheureusement, j’ai perdu mon téléphone, donc ça fait un moment que je ne le fais plus. »

Si le selfie est un outil de valorisation et de partage pour certains, il représente un poids émotionnel pour d’autres. Un étudiant en communication, marqué par le décès de ses proches, confie : »Je n’aime pas les selfies, que ce soit moi qui les prenne ou une autre personne. J’ai été traumatisé par la perte de mes proches, alors je préfère éviter les photos et vidéos pour ne pas raviver des souvenirs douloureux. En plus, je n’aime pas trop les filtres Snapchat, TikTok et autres. Je me trouve un peu moche en naturel, donc je préfère laisser tomber. »

D’autres encore rejettent totalement la tendance, comme Morlee J. Kromah, étudiant en anglais : »Je trouve les selfies inutiles et sans importance. Pour moi, c’est plus un truc de filles, vu que c’est elles qui veulent être au centre de l’attention. Je ne comprends pas pourquoi certains hommes s’y adonnent au lieu de se concentrer sur leur travail ou leur étude surtout quand ils utilisent des filtres… ça me dépasse. Personnellement, je préfère rester dans ma bulle. »

Le selfie est bien plus qu’un simple autoportrait. C’est un langage visuel, un outil de communication et un miroir des tendances actuelles. Tantôt source de confiance en soi, tantôt générateur de pression sociale, il façonne les interactions et les perceptions. Certains l’embrassent comme une opportunité, d’autres le fuient comme un poids. Mais une chose est certaine, dans une société où l’image prime, le selfie restera un marqueur fort de l’ère numérique.

Par Ami Diarra pour couleurguinee.com